Awoua
Le village (dza'a ou n'nam chez les Ntoumou, est l'endroit où résident une ou plusieurs familles d'un clan ou bien plusieurs clans d'une même ou de plusieurs tribus. A l'origine, un village était ne pouvait avoir qu'une seule tribu. La cellule initiale du village y est la même partout en pays Fang car fondée sur l'unité et l'unicité familiale : "Un seul coq pour une seule cour" dit-on chez les Fang. La présence d'un seul corps de garde (aba'a) témoigne de l'entente familiale, dans le cas contraire, c'est le cas de s'interroger sur la solidarité apparente de cette famille. La fonction initiale d'un aba'a reste toujours le corsp de garde du village ou de la famille. Au-delà, il constitue la maison de réunion des hommes, le lieu d'accueil des hôtes, case de palabres voire dortoirs aux garçons et sages. Village situé à 32 km de Bitam et à 43 d’Oyem (capitale politique et administrative de la province septentrionale du Gabon, le Woleu-Ntem), Awoua est l’un des plus grands villages du Gabon avec ses 2,2 km de long pour une population de plus de 500 habitants durant l’année scolaire.
Une population qui peut tripler en périodes vacancières (juillet et août) avec l’arrivée des vacanciers scolaires et professionnels. Awoua d'aujourd'hui est un regroupement de deux villages tribals (Essatouk et Eba). C’est un village foncièrement protestant malgré
la présence d’une église catholique, et récemment d’un lieu de recueil animiste. C’est également le village du barbe, Maître artiste du Mvet, AKUE OBIANG David, alias VIDVID. Pour précisions, cet illustre diseur de Mvet, sexagénaire, s’est éteint
un mercredi 01 octobre 1985 à l’hôpital de Bitam des suites d’une très courte maladie et inhumé à Awoua le lendemain, dans la cour de sa propriété. Dans l’exercice de son art, il était très prisé et adoré de par son éloquence,
son sens de l’humour et surtout sa capacité à captiver un quelconque auditoire. Il savait traduire toutes les nuances du Mvet, poser des " pièges " à pensée et des " barricades mystérieuses ", le plus souvent indécodables pour le non-initié.
Toutefois, il jouait au feed-back avec le public non averti pour mesurer le degré d’assimilation des barricades. Signalons que le Mvet est une épopée initiatique qui renvoie à un indicible, se situe au-delà de la logique événementielle et de la rationalité ordinaire.
C’est une sorte d’affirmation de la transcendalité. Selon L. KESTELOOT (1972), Tsira NDONG NDOUTOUMOU (1993), G. BIYOGO (1993), D. ASSOUMOU NDOUTOUMOU (1993), à moins de le profaner ou de faire jouer son imagination, il est pratiquement impossible à un non-initié d’accéder à
la quintessence du Mvet qui est à la fois " texte musical et poème cosmologique ", donc Musique et Récit. Cet hommage que je rends personnellement à mon oncle maternel, est un appel lancé aux spécialistes du Mvet qui aujourd’hui n’ont pas encore consacré quelques lignes à
celui qui, pour la première fois, a fait voyager le Mvet à travers le monde (Afrique, Asie et Europe). Une vue d'Awoua : direction Bitam, Cameroun (Cliché: Bingono Meba, 2004) Le village fang (Dza'a) est organisé autour du lignage, du clan ou de la tribu qui sont des valeurs morales et aussi autour des valeurs sociopolitiques dont les sages faisant office d’autorité.
Le fang, d’une manière générale, a trois voire quatre référents identitaires incontournables : l'étouang-bot, le nda-bot (nda’aébot), le Mvôgh-é-bot (mvôgh ) et l’ayong. Le lignage (étouang-bot) et le sous-lignage (nda’aébot) reposent sur la parenté par consanguinité (patrilignage ou pseudo-matrilignage).
C’est un groupe de filiation unilinéaire dont les membres se réclament appartenir à un ancêtre commun. Celui-ci, historiquement vérifié, est relativement lointain de sa descendance. Pendant son existence, il aurait été
remarquable par son prestige, son opulence, son autorité ou quelque action d’éclat. Ce n’est donc pas un personnage mythique, car la hiérarchie de l’arbre généalogique tient à son nom et le sien tient au clan.
Les membres du lignage commémorent le souvenir de l’ancêtre. C’est un groupe de solidarité qui va jusqu’à protéger un de ses membres même lorsqu’il est fautif ou face à une agression ou
une menace étrangère (" Eyeng bian ka’a obangam "). Groupe organisé où la prééminence appartient à ceux qui sont les plus proches de l’ancêtre.
Voici un exemple de lignage à Awoua-Essatouk : Éyare-Zo’o.
C’est une sorte de grande famille dont Tsira ÉYARE ZO’O-BESSA en est le fondateur, le père ou l'ancêtre. Dans ce dernier lignage, on a trois sous-lignages ou cellules, " Ndáébot " : Mozo’o-Éyare, Nzang Éyare et Meba m'Éyare.
Le Ndáébot ou famille étendue, est un groupe de parenté dont les membres revendiquent l’appartenance à un ancêtre commun historiquement vérifié mais relativement proche de sa descendance.
Exemple de " me nda me bot " (pluriel de Ndáébot à Awoua-Éssatouk : Le clan (mvôgh) est également un groupe basé sur la parenté, soit dans la ligne maternelle (matriclan ou " beñiandomo ou begnandomo"), soit dans la ligne paternelle (patriclan se dit couramment " bèlè bèlè ").
Contrairement au lignage qui est en perpétuel changement au fil des générations, le clan subsiste à travers de nombreuses générations et revêt au fil du temps un caractère mythique.
Le nombre de clans reste constant dans la société fang.
Un individu n’appartient qu’à un seul et unique clan.
De même, on appartient au même clan lorsqu’on se réclame du même ancêtre lointain, lorsqu’on est soumis aux même interdictions, lorsqu’on respecte le même animal ou végétal totémique.
Bref, le clan exprime moins que le lignage et plus que la tribu l’importance fondamentale de la parenté.
Un exemple de clans (mvôgh) qu’on trouve à Awoua : Zo’o Bessa’a, Ma’a mengo et Nsi Ngo’o. La tribu est un regroupement de sociétés globales dont les membres s’estiment descendants d’un même ancêtre très lointain,non mythique mais qui aurait existé. Il peut être anthropomorphe ou zoomorphe (cas rare). Les noms de tribu sont donc pour la plupart des anthroponymes.
Tout nom de tribu est celui d’un ancêtre vénéré et craint, un homme qui aurait donné son nom à sa descendance contrairement à certaines thèses. Chez les Fang, la tribu se dit " Ayong ". Chaque Ayong porte un nom, dans le cas qui est le nôtre,
c’est Éssatuk ou Éssatouk ". Le monde Fang en comporte des milliers aux ramifications multiples. Il y a des liens collatéraux pour nombre d’entre-elles. Cette collatéralité se dit " Avùso " encore désignée sous l'expression de "parenté à plaisanteries".
C’est souvent lors des retraits de deuil ou des rituels funéraires que cet avùso s’exprime, très souvent à la limite de la violence et de l’obscénité (pour un observateur non averti).
Souvent les petites tribus formaient un seul village (sur un espace restreint) dans lequel foisonnent toutes les valeurs morales sus évoquées : lignage, clan, tribu. Cette proximité renforçait les liens qui s’exprimaient par la solidarité mutuelle.
Toutefois, on pouvait distinguer le nombre de clans ou de lignages par le nombre de corps de garde : car ce sont les secrets d’un clan ou d’un lignage, tenus au sein du groupe, qui le singularisent par le symbole que constitue l’aba’a, c’est que ce qu’on appelle " fegh ésolô ".
Ainsi, dans la plupart des cas, l’organisation sociétale se fonde sur le groupe lignager. A la base, un village était donc un système de groupe lignagers ou de clans d’une même tribu. Le regroupement des villages par affinité a amené une nouvelle organisation sociale. Dans un village comme Awoua, il existe deux chefs de villages et un chef de regroupement. Ce dernier est le chef hiérarchique du Grand Awoua tandis que les deux autres s’occupent chacun de son village natal, village initialement tribal.
Ainsi le chef administratif d’Awoua-Essatouk, de tribu Essatouk, s’occupe des ressortissants et étrangers vivant sur sa circonscription. De même celui d’Awoua-Ebá (Deng-si ou encore Biyen-Nkok-ési), natif d’Ebá, pour les populations vivant à Deng-si. Par contre, quiconque d’Essatouk ou d’Ebá peut postuler au poste de Chef de regroupement. Ce pouvoir administratif cache un autre, le pouvoir politique. A l’époque du parti unique, une représentation locale de ce pouvoir était assurée par un président de comité et une animatrice. Aujourd’hui, il existe dans beaucoup de villages, autant de grands partis que de représentations partisanes.
La cohabitation est très difficile et se répercute dans les rapports extrapolitiques. Alors, les chefs administratifs vont l'amalgame et cumulent à la fois les deux pouvoirs. A Awoua, ces chefs sont tous du camp du pouvoir. Situation insupportable pour certains qui préfèrent rester neutres ou s’éloigner de leurs villages pour échapper aux « histoires »
qui peuvent prendre des proportions tournant à la superstition. Alors, pour celui qui se sent menacé, la fuite est une précaution efficace puisqu’il peut se perdre dans l’anonymat de la ville où il espère se faire oublier. Au regard de ce schéma, on constate que le véritable pouvoir est aux mains des chefs religieux. Le pasteur protestant ou le prêtre catholique exerce son pouvoir non seulement à l’église mais également dans le quotidien des villageois. Les problèmes de ses fidèles que les autorités administratives n’arrivent pas à trancher lui sont soumis.
Au fond, le crédit accordé au représentant de l’église ne peut se comprendre que dans l’histoire de ce peuple. Un peuple, qui était très accroché aux divinités matérielles et imaginaires, aux rites ancestraux (Ngï, Melane, Biére, Só, Ndong-mba, Élong, etc.), est obligé de compenser ce vide par la pratique de la religion importée.
Il est donc question de syncrétisme religieux. Autant les prêtres traditionnels s'entouraient d'anciens autant les prêtres chrétiens le font aujourd'hui; autre évidence, la danse Agneng be buni des protestants ou le Nton obé des catholiques dériveraient directement des danses rituelles, telle que l'agneng de jadis (cf. les récits du Mvet). L'image d'Awoua rime avec la religion chrétienne, notamment le protestantisme. Les protestants (ou america) représentent environ 95 % de la population contre 4 % de catholiques, 1 % d'animistes et d'athées. Cette tendance a beaucoup influencé la scolarité des enfants d'Awoua. La plupart sont passés par le collège évangélique de Bitam.
Ceux qui sont devenus enseignants l'ont été pour plus de 90 % dans l'enseignement protestant. La paroisse d'Awoua est aussi le village ayant plus d'hommes d'église (évangélistes et pasteurs) parmi lesquels : Ondo Ango, Mengue, Mozo'o Mbega, Ango Ekouma, Allogho Essimengane, Akuè, Allogho Ndo, Mba Ango Guerson... La plupart de ces pasteurs sont décédés.
Le village ne comptent plus qu'un seul pasteur (Mba Ango Guerson) et une soeur chez les catholiques (Soeur Emmanuel). La tertiarisation de l'économie nationale et le changement de mentalité ont changé la donne dans cet ancien village de Dieu. Aujourd'hui, les jeunes gens ont d'autres chats à fouetter même si, pendant la grande rencontre annuelle des jeunes de la paroisse, la maison de Dieu ne se désemplit pas.
Union Sportive d'Awoua (USA)
Dispensaire d'Awoua
Tribus d'Awoua
Croyances
Mvet
PAYS FANG
Rites populaires fang
Culture et Société fang
Bibliographie fang

AWOUA, mon cher village
Mots clés: village Awoua, histoire, aperçu actuel, familles tribales, activités vacancières, sport, religions etc.
CARTE D'AWOUA (Dessin planimétrique)
1. Généralités
Le village porte toujours un nom simple ou composé. Un grand nombre dérive de plantes ou d'arbres caractéristiques du voisinage. On trouve aussi des noms provenant d'animaux, d'objets, de situations, de traits de caractères des habitants, des cours d'eau, etc. Un nom est donc toujours évocateur. Il n'est pas neutre, ya toujours quelque chose de mystique dans celui-ci.2. Awoua
3. La tribu, le clan, le lignage...
- pour le lignage (étouang-bot ÉYARE ZO’O), nous avons : MOZO’O ÉYARE, MEBA m'ÉYARE, MENDENE m'EYARE et NZANG ÉYARE;
- pour l'étouang-bot EKOUMA ZO’O, on a : MENDENE m’EKOUMA, BEKA b’EKOUMA et OBOUNOU EKOUMA ;
- pour l'étouang-bot ONDO ZO’O, on a les sous-lignages (Ndáébot): ANGO ONDO, MBA ONDO et EBOZO’O ONDO.
Sur le plan sociopolitique, le village est une société sans organisation hiérarchique, sans pouvoir central, sans spécialisation du pouvoir politique. Seulement des prééminences fondées sur la séniorité et l’aînesse voire sur des supériorités
personnelles (puissance matérielle, redoutable guerrier, bon parleur, pluralité d’épouses et d’enfants) dirigent la société.

Ancien cercle Culturel(Cliché Alogo Alexandre, 1980)
4. AWOUA Regroupement :
Organigramme du village AWOUA :

5. Le Stade Tomassi d'Awoua et son Équipe de football: USA
Visitez l'Union Sportive d'Awoua...



L'AWOUENNE
Nous, fils des terres fertiles,
Arrivants du très lointain pays d’Afiri-Kara,
Nous voici réunis à Awoua.
Pays des forêts sempervirentes,
Allant de Meza’a à Keng-akok via Mekóm,
Pays de la vallée de la rivière Nyè où reposent nos aïeux,
Awoua, nous te chanterons toujours et encore.
(Refrain : bis)
Nous sommes les awouaens,Terre ancestrale, tu resteras toujours identique à toi-même.
Toi, qui donna naissance au plus grand village du Grand Nord,
Toi qui vis naître les grands esprits comme Akuè Obiang,
Ô toi! berceau de la philosophie Lêrretê,
Tu resteras à jamais pour nous.
Awoua, nous te chanterons toujours et encore.
(Refrain : bis)
Nous sommes les awouaens,
Nous resterons à Awoua,
Jusqu’à la fin du monde,
Awoua sera pour nous.
Pays qui, jadis abritait notre Ngï, le protecteur ;
Tu es sans égal, même coincé entre tradition et modernité.
Entre les divinités célestes et terrestres,
Tu berces dans la protection divine.
Terre d’hommes fiers à la silhouette altière,
Jamais, l’on te fera porter le nom d’une autre terre,
Awoua, nous te chanterons toujours et encore.
(Refrain : bis)
Nous sommes les awouaens,
Nous resterons à Awoua,
Jusqu’à la fin du monde,
Awoua sera pour nous.
Village du Ntem, terroir des tribus Essatouk et Eba,
Symbole de la convivialité et de l’hospitalité
Autour de toi, coulent les eaux cristallines
Des rivières de Menguï, Deng, Mbè et Bikukuè.
Nous défendrons éternellement ce legs de naguère.
Awoua, fidèle amour, nous te chanterons toujours et encore.
(Refrain : bis)
Nous sommes les awouaens,
Nous resterons à Awoua,
Jusqu’à la fin du monde,
Awoua sera pour nous.
Texte de : Mendene m’Ekouma Simon (refrain) et Dr Bingono Meba-Bingono
Le Lêrretê est à la fois une façon de danser et une façon d'être. Philosophie,
elle date des temps anciens, des temps de notre migration le long de la rivière Nyè jusqu'au site actuel où l'on a trouvé l'arbre Awoua (site destiné).
Ce qui soutend cette philosophie c'est la rigueur, la tenacité et l'excellence. Déjà, un neveu d'Awoua (Ondo Ondo H.) a inventé
un concept dérivant du Lêrretê qui, l'exprime au mieux, le Lêrretêisme ou Lôrretôisme.
Quant à
la danse Lêrretê elle vient de cette façon de vivre des awouens. Les pas de danses du Lêrretê s'inspirent des gestes de certains animaux (notamment primates et oiseaux), des faits quotidiens qu'on mime...
Ce qui demande d'une part de l'endurance, d'autre part de l'agilité, de la dextérité. Le Lêrretê rime avec tous les rythmes musicaux. Ses variantes sont : le mengotak, le top-niveau et le tir-tout.
Son inventeur, c'est le regretté MVÉ MBA Moïse alias Ta'a Mvé, puis vulgarisé par le groupe de danse traditionnelle Élone du village, AFRICA DANSE dans les années 80.
Chercher donc à rencontrer un fils ou une fille d'Awoua pour avoir une idée de cette invention.


